Rêves d’école

À l’école alternative de Pérignac, Madeleine Labie, enseignante transfuge de l’Education Nationale, encadre quinze enfants âgés de six à dix ans, dont Marius, fils d’agriculteurs et qualifié d’hypersensible, et Alma, en situation de phobie scolaire. Progressivement, ces enfants, au caractère particulier, s’épanouissent grâce au travail soutenu de Madeleine. Mais celle-ci s’épuise progressivement et s’interroge sur son avenir au sein de cette école dont elle est également la directrice, car le modèle associatif de l’institution demeure fragile.


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Quand j’ai téléphoné à Madeleine Labie, pour lui proposer fin août 2017 mon projet de documentaire sur l’école alternative de Pérignac, dont elle était à la fois institutrice et directrice, elle m’a aussitôt proposé de venir filmer la rentrée scolaire le lundi qui suivait notre entretien. Elle semblait enchantée par mon projet et prête à ouvrir les portes de son institution hors contrat.
Madeleine est une femme d’une quarantaine d’année, affable et courtoise, au regard lumineux, en apparence détendue et ouverte, aux cheveux bruns mi-longs, et portant lunettes. Au fur et à mesure de l’année scolaire, j’ai appris à la découvrir. D’une personnalité plutôt discrète, Madeleine est pourtant une aventurière de cœur et d’esprit, ouverte sur le monde qui l’environne. Parisienne de naissance, elle a toujours été intéressée par la connaissance et sa transmission. C’est ainsi qu’elle est partie un an au Gabon faire de l’alphabétisation, après des études littéraires et politiques. Mais, parallèlement, s’inscrire dans un projet collectif lui tient à cœur. Aussi, après son départ de la capitale, elle participe avec son compagnon, notamment, à un projet de ferme en permaculture, en Charente. Un double désir, donc, qui la pousse, après sa séparation d’avec son compagnon, à passer avec succès le concours d’institutrice. Madeleine trouve enfin sa voie au début de la trentaine. Dans un cadre public, elle exerce son métier jusque dans trois écoles différentes, ce qui l’empêche de s’impliquer dans un projet pédagogique à long terme, même si elle peut y appliquer les méthodes Montessori et Freinet, auxquelles elle s’était formée personnellement. Mais surtout, Madeleine, en raison de la hiérarchie, ne parvient pas à s’inscrire comme elle le souhaite dans un projet collectif avec d’autres enseignants. Elle décide donc de claquer la porte de l’Éducation Nationale, au risque de devoir rebondir professionnellement.